Chronique des Nationaux | Saint-Quentin 2015

Chronique des Nationaux

Ronde 10

National

 

Le Houdini des Échecs français, capable de s’extirper des pires étranglements, le nécromant du déficit matériel, le Mandrake de l’enfumage, le funambule de la construction combinatoire, le thaumaturge de l’évaluation électronique, le cauchemar des vendeurs de peaux d’ours ! Mais qui ? Christian Bauer, bien sûr, qui, retournant une nouvelle situation compromise, met un terme définitif aux blanches espérances de titre de Jean‐Marc Degraeve.

Car juste derrière, Tigran Gharamian avec les Blancs contre Andrei Shchkekachev et Etienne Bacrot avec les Noirs contre Jules Moussard (Voir par‐ tie du jour) écrèment la profondeur du tournoi. Le titre va se jouer entre ces 3 vainqueurs avec, peut‐être, jeudi après‐midi, un départage explosif à la clé !

Derrière, dans le ventre mou du classement, pour les prix et le maintien, pas moins de 3 nulles par répétition, aussi insipides qu’envisageables, dans les par‐ ties Edouard‐Istratescu, Gozzoli‐Lagarde et Mazé‐Cornette.

National féminin

 

Même exquise esquisse dans le National féminin où les 3 concurrentes pour le titre, Almira Skripchenko (Blancs), Sophie Milliet (Noirs), plus accrocheuse que jamais, et Nino Maisuradze (Noirs) l’emportent respectivement sur Sophie Afflalo, baroque et généreuse avec ses pions, Mathilde Choisy, dominatrice mais généreuse avec sa pendule, et Maria Leconte, méconnaissable et généreuse avec ses points Elo !

À une encablure, Natacha Benmesbah envoie tout avec les Noirs pour déstabi‐ liser la doyenne du tournoi Anda Safranska, mais se fait placidement contrer, tandis que Silvia Collas préfère prendre la nulle par répétition dans une position complexe contre Andreea Navrotescu.

Dans le match mutuel pour échapper à la cuillère de bois, Oriane Soubirou prend une bonne option avec ce premier point entier recueilli, avec les Noirs, aux dépens de Christine Flear (diagramme du jour)

Ronde 9

Et normes !

NATIONAL

Grosse déception pour Jean‐Marc Degraeve qui avait facilement égalisé avec sa Philidor contre Matthieu Cornette. Une variante risquée, puis une suite d’imprécisions après le 23e coup, et c’est le titre qui s’éloigne.

Cela fait les affaires de Tigran Gharamian qui, avec 2 pions d’avance, oublie une ressource miraculeuse de Yannick Gozzoli… sauf que celui‐ci, fatigué du marathon de la veille contre Istratescu, abandonne plutôt que de la trouver !!

Statu quo en revanche quant au statut de co‐leader de Christian Bauer au terme d’une Sicilienne Dragon sensationnelle, osée par Romain Edouard.

Etienne Bacrot revient au classement après une jolie victoire blanche de gambit contre la Ragozine variante de Vienne tentée par Sébastien Mazé.

Il y avait 2 matchs de « fond de tableau » aujourd’hui : Istratescu‐Lagarde et Shchekachev‐Moussard qui, tous deux, s’achèvent par la nulle, non sans émotion, particulièrement dans la première.

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NATIONAL FEMININ

Deux normes de Maître International Féminin obtenues ce jour : celle de Mathilde Choisy après une défense héroïque contre une sorte d’attaque Indienne en premier comme Anda Safranska en a le secret, puis la troisième et finale d’Andreea Navrotescu (contre la même ouverture d’ailleurs, issue de Sicilienne), acquise aux dépens de Natacha Benmesbah, toujours placée pour le maintien, mais qui a vu son rêve de norme de Grand‐Maitre féminin s’évaporer à cette neuvième ronde (voir la partie du jour). Énorme !

Oriane Soubirou omet de regagner un pion en échange d’une attaque blême, laquelle se retournera finalement en faveur d’Almira Skripchenko.

Elles blessent, toutes les tentatives acharnées de Sophie Millet d’échapper à une nulle inexorable contre Sophie Afflalo. Presque inexplicablement, la dernière tue.

Maria Leconte ne parvient pas à se remettre de sa défaite contre Andreea Navrotescu (ronde 6). C’est un nouvel oubli tactique avec les Noirs contre Silvia Collas qui donne à cette dernière, de retour à 50%, un deuxième point d’affilée.

La combinaison de finition de Nino Maisuradze, après le zeitnot des 40 coups, qui trouve la seule façon de faire plier une Christine Flear étonnamment accrocheuse.

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Ronde 8

Tension au sommet

Fébrilité, émotion, témérité, péripéties, combat, spectacle, erreurs…tous ces mots se télescopent dans la partie Skripchenko-Maisuradze qui voit ultimement la victoire des Blancs.

Mathilde Choisy réfute autoritairement le triple (!) sacrifice de pions noirs de la Sveshnikov de Sophie Afflalo. Belle prestation d’Anda Safranska qui atteint la première le Roi d’Andreea Navrotescu dans une partie sauvage de roques opposées. A tout moment, on pense que le Mat est imminent mais sa majesté se faufile entre certains échecs imprécis (Diag du jour ?!), « comme dans les films ». Ce sont même les Blancs qui contre-attaquent à la fin, sans trouver mieux que la Nulle.

Cela fait 2 fois de rang que Maria a des problèmes avec un Fou adverse masqué en g7 et une astuce tactique de Natacha Benmesbah lui coute trop de matériel. Bonne préparation d’un côté, manque d’inspiration de l’autre, mais c’est, comme précédemment, le même déroulé négatif pour Oriane Soubirou Noir contre Sophie Milliet (Voir Diagonale TV du jour) et Christine Flear Blanc contre Sylvia Collas.

Dans l’affiche du jour, Etienne Bacrot, plutôt que sa Berlinoise habituelle, tente de surprendre « Jim » Degraeve avec une Scandinave Dd6. Il n’avait certainement pas prévu 52 coups d’ingrate défense face une pressante paire de Fous adverses avant d’arracher la Nulle. Un autre résultat obtenu de haute lutte est le partage du point entre Maxime Lagarde et Christian Bauer dans le sombre rôle du sorcier défensif.

Jules Moussard, aidé des Blancs, veut montrer qu’il est capable de serrer le jeu et il contient sans problème Tigran Gharamian. L’autre « nouveau » Yannick Gozzoli, aidé de son escouade de secondants, -C’est lui qui l’avoue- s’applique à montrer qu’il a sa place dans le tournoi ! Les conséquences (22.Ff7! Diag du jour ?!) de son exemplaire conception 15.Cc5! auraient dû miniaturiser Andrei Istratescu.

Par une imprécision d’apparence anodine, Matthieu Cornette donne trop de champ à la Dame blanche de Romain Edouard et il succombe à une épatante attaque éclair. Le traitement classique de Sébastien Mazé contre la Pirc d’Andrei Shchekachev est si instructif que c’est la partie du jour !

Ronde 7

Après le réconfort, l’effort.

NATIONAL

D’abord celui d’Etienne Bacrot qui se « dédorfmanise », dans une partie à gros enjeu, au dépens de Romain Edouard. Conception innovante dans une ouverture à la pointe de la théorie, belle attaque à l’aile-Dame et finition technique impeccable. Un qui ne se ménage pas non plus, c’est Jean-Marc Degraeve. Longtemps au bord du gouffre avec les Noirs contre Andreï Shchekachev, il finit par arracher la nulle.

A l’autre extrémité du spectre énergétique, il y a Bauer-Istratescu. Mais c’est les Noirs, qui à force de trop presser, finissent par perdre complètement le fil d’une partie longtemps supérieure (voir diagramme du jour). Pour les plus jeunes du tournoi c’est la crise : Jules Moussard qui se fait grignoter petit à petit par la Schlechter côté Noirs de Yannick Gozzoli, et Maxime Lagarde contraint de sacrifier une pièce tôt dans la partie contre Matthieu Cornette sans tenir ensuite les complications.

Le mur de Berlin érigé par Sébastien Mazé contre Tigran Gharamian tient bon, jusqu’à cette erreur fatale du 31ème coup, face à une instructive attaque de Fous de couleurs opposées et matériel réduit (voir DiagonaleTV du jour).

NATIONAL FEMININ

Almira Skripchenko, avec les Noirs, fait l’effort… un coup trop tard ! Car Silvia Collas aurait pu réclamer la nulle par triple répétition (voir partie du jour). Nino Maisuradze n’obtient rien contre la défense Bogo-indienne de Sophie Milliet. Elle gardera ses forces pour la partie de lundi contre Skripchenko.

La dernière nulle de la journée est l’oeuvre d’Andreea Navrotescu – une fois n’est pas coutume – qui laisse échapper Mathilde Choisy dans une position complètement gagnante. Une qui aimerait sûrement voir ses efforts récompensés, c’est Christine Flear. Mais, quelque avantageuse que soit sa position, décidément quand ça veut pas, ça veut pas.

Même combat pour Oriane Soubirou qui de nouveau lâche la position contre Sophie Aflalo. 1.e4 e6 2.De2 d5?! 3.exd5 Dxd5 4.Cc3 Dd8 est un traitement atypique et peu propice à l’attaque de la Française Chigorin d’Anda Safranska. Maria Leconte trouve enfin un semblant d’attaque après un gros investissement matériel mais trois pions, c’est vraiment trop.

Ronde 6

La « Dorfmanisation » d’Etienne Bacrot ?

NATIONAL

Réputé pour son goût des parcours immaculés, l’ancien champion d’URSS ( annoncé dans ce National puis remplacé par Shchekachev) est certainement l’entraîneur qui aura le plus compté dans la carrière du septuple champion champion de France. A l’aube de la journée de repos, cette sixième Nulle d’affilée, encore qu’avec les Noirs, contre Maxime Lagarde, a de quoi laisser perplexe.

D’autant que le leader du tournoi Jean-Marc Degraeve continue de bien jouer en pressant contre Tigran Gharamian, 2ème elo du tournoi, sans passer. Christian Bauer, avec les Noirs dans un Gambit de la Volga (car plus ancien que l’époque Benko dixit Anatoly Vaisser) se refait de sa perte de la veille. Il inflige une première défaite à Yannick Gozzoli qui sous-estime le joli pseudo sacrifice 14…Cxe4! .

Pour beaucoup, c’est ainsi depuis le départ dans ce tournoi fermé qui se révèle très ouvert : un jour en haut, le suivant en bas. Matthieu Cornette en est l’exemple, peu inspiré avec sa défense Bogo-ouest-Indienne contre Andreï Istratescu. Il en est un, hélas, pour qui les jours se suivent et se ressemblent. C’est le bientôt Grand-Maître Jules Moussard qui fait une douloureuse expérience de son premier National A, cette fois avec les Noirs contre un Sébastien Mazé pourtant fébrile dans la finition de l’attaque (voir diagramme du jour). Pour Andreï Shchekachev, c’est un peu la même chose, l’expérience et la solidité en plus…quoique sa Paulsen ne l’ait pas vraiment montré cette ronde contre Romain Edouard ! (voir partie du jour)

NATIONAL FEMININ

Une qui ne fait jamais Nulle, elle – la seule de ces Nationaux – c’est Andreea Navrotescu ! Ses préparations sont toujours dangereuses. Maria Leconte, invaincue jusque là, en fait les frais, sans avoir pu jamais attaquer malgré les Blancs. En dépit de la différence de classement, Natacha Benmesbah est une adversaire qui ne réussit pas ces dernières années à Almira Skripchenko. Une Nulle incolore par répétition vient conforter cette thèse. Dans le derby languedocien des MI, Sophie Milliet fait craquer la Berlinoise de Silvia Collas.

Le coup 12.d5, ouvrant délibérément la diagonale du Fg7, qui provoque 12…De8, inaugure un bel échange d’hyper-modernisme dans la partie Flear-Safranska gagnée par les Noirs.

Deux erreurs de suite au 21ème et 22ème coup viennent transformer l’avantage noir d’Oriane Soubirou en pion de plus avec initiative pour Mathilde Choisy. Que ce soit clair : l’ouverture de la Sicilienne 1.e4 c5 2.Cf3 a6!? par 3.d4?! est au mieux douteux pour les Blancs. Sophie Aflalo aurait dû préférer 3.c3 ou 3.c4 (sans d’ailleurs renoncer à pousser le pion Dame de 2 cases) contre Nino Maisuradze qui prend la tête du tournoi (voir DiagonaleTV du jour).

Ronde 5

Les anciens font de la résistance !

NATIONAL

Jean-Marc Degraeve a joué son premier National il y a 28 ans en 1987 à Rouen à l’âge de 16 ans. Le « vétéran » de l’édition 2015 en a raté très peu depuis… Cette fois il combine élégamment le cadet du tournoi Jules Moussard (voir diagrammes du jour). Avec un an de moins, Shchekachev, lui, souffre mais tient bon, avec les Blancs, contre le deuxième plus jeune du tournoi Maxime Lagarde.

Une fois n’est pas coutume, Christian Bauer se fait surprendre dans l’ouverture par un Matthieu Cornette bien préparé. Il donne deux pions pour compliquer le jeu mais ne trouve pas la meilleure suite et aurait dû perdre bien avant le 40ème coup, si ce n’était la fébrilité de son adversaire contraint de gagner la partie deux fois. Le « mauvais run » d’Etienne Bacrot se poursuit : il ne fait pas plier Istratescu malgré un pion d’avance.

Comme à son habitude Yannick Gozzoli apparaît bien apprêté contre l’Alapine (par transposition) de Sébastien Mazé, forcé de donner un pion puis la partie après avoir malencontreusement exilé sa Dame dans une attaque fantôme à l’aile-Roi (voir partie du jour). Gharamian-Edouard est la partie la plus calme du jour, malgré le Dragon des Noirs.

NATIONAL FEMININ

Encore une Anglaise non conventionnelle pour Silvia Collas contre Sophie Aflalo qui finit par s’asphyxier dans l’exotisme de la position. Pour une fois qu’Anda Safranska ose un pion en d4, celui-ci se retrouve rapidement isolé ! Sans qu’Almira Skripchenko, d’ailleurs, n’en tire un avantage suffisant. Belle résistance de Natacha Benmesbah en dépit des Blancs contre Sophie Milliet qui montre une belle préparation contre sa Canal-Sokolsky.

L’attaque quotidienne de Maria Leconte ne passe pas, cette fois, contre la Sicilienne Scheveningue affutée de Mathilde Choisy. Au terme d’une partie à soubresauts, on pense longtemps qu’Oriane Soubirou, avec les Noirs contre Nino Maisuradze, maîtrise la finale T+F contre T. Il faudra attendre le 121ème coup, entre Cochrane, Centurini, Szen, Lolli, Philidor, Kling&Kuiper, pour qu’elle craque à l’orée des 50 coups (voir diagramme du jour).

Christine Flear a joué son premier National il y a 34 ans, en 1981 à Orange, à l’âge de 14 ans. Elle en a raté quelques-uns depuis… Comme ressuscitée, elle réfute adroitement l’attaque de la cadette du tournoi Andreea Navrotescu contre son Roi.

Ronde 4

La Roche Tarpéienne est proche du Capitole

 

NATIONAL FEMININ

A l’image d’Andreea Navrotescu, si brillante hier, et qui s’écroule en quelques coups contre le double gambit choc de la première du tournoi (voir partie du jour). En revanche c’est l’inverse pour Sophie Milliet avec les Blancs qui inflige sa première défaite à Anda Safranska. La descente aux enfers continue pour la quintuple championne de France Christine Flear, qui oublie une petite combinette (voir diagrammes du jour) contre Maria Leconte, décidément très inspirée en ce début de tournoi.

Comme deux combattantes dans l’arène, Sophie Aflalo et Natacha Benmesbah font le spectacle en s’échangeant coup pour coup, occasion ratée contre occasion ratée, menace de mat contre menace de mat, mais quand la poussière du zeitnot mutuel se dissipe, la paix est signée.

Dans un gambit de l’aile différé, Oriane Soubirou sacrifie deux pions pour une dangereuse avance de développement mais préfère prendre la répétition de coups plutôt que de tester les capacités défensives de la MI Silvia Collas. La Caro-Kann d’avance avec c5 serait-elle la variante à la mode dans les Nationaux ?! Ainsi Mathilde Choisy, probablement surprise, négocie mal la sortie du Fou-Dame noir hors de la chaîne de pions dans une partie à oublier pour elle.

NATIONAL

Christian Bauer répète la partie de la dernière ronde du National de l’an dernier entre Laurent Fressinet et Etienne Bacrot, avec l’avantage symbolique de la paire de Fous mais c’est finalement le même résultat prévisible : nulle. Jean-Marc Degraeve dévie de son Italienne fétiche mais n’obtient pas plus d’avantage contre Sébastien Mazé. Jules Moussard s’était trompé à la 2ème ronde dans ce gambit Botvinnik « Lu Shanglei », il retente sa chance contre un Romain Edouard archi-préparé qui ne lui laisse aucune chance (20.Tad1N! au lieu du Tfd1 kramnikien, voir DiagonaleTV du jour).

Andreï Shchekachev avec leS Noirs montrent sa fine connaissance des schémas est-indiens. Il commence par neutraliser l’initiative des Blancs à l’aile-Dame puis perce tardivement avec f5. On a l’impression que la position d’Istratescu va s’écrouler d’un instant à l’autre mais il tient bien dans le zeitnot et la partie s’achève par la nulle.

Lagarde-Gharamian est une sicilienne Sveshnikov atypique où les Blancs font le grand roque avec un pion en a5 ! C’est d’ailleurs ce qui leur coûtera la partie quand les Noirs utiliseront ce point de contact pour ouvrir les lignes sur le Roi. Gozzoli-Cornette est la partie la plus tendue du jour, bien que les deux adversaires se connaissent bien. Les Blancs semblent partis pour torturer les Noirs jusqu’à ce que Matthieu Cornette sacrifie une pièce pour de grosses complications (voir diagrammes du jour). Et ça marche ! Puisqu’ils annulent au 41ème coup.

Ronde 3

Les bêtes noires ne sont plus ce qu’elles étaient !

 

NATIONAL FEMININ

Ainsi, à l’instar de Jean-Marc Degraeve hier Andreea Navrotescu, qui après 5 déconvenues contre Sophie Milliet, rompt enfin le signe indien. Et avec la manière s’il vous plaît ! (voir le DiagonaleTV ET la partie du jour !)

Sveshnikov archi-théorique dans l’affiche du jour (au Elo) Leconte-Skripchenko, où les Noirs font nulle sans difficulté. Scénario identique dans Collas-Maisuradze après une Anglaise pâlichonne des Blancs.

Roques opposés dans Flear-Choisy : les Blancs attaquent à l’aile-Roi… et les Noirs à l’aile-Dame. C’est finalement la position des Cavaliers noirs et l’ouverture plus rapide d’une colonne sur le roque adverse qui vont faire la différence en faveur de la sociétaire mulhousienne, après un double aveuglement autour du 29ème coup.

Plutôt que symétriser la structure de pions (9…exd5), Oriane Soubirou décide de sortir sa Dame. Mal lui en prend car elle la perd quelques coups plus tard. Anda Safranska, septuple championne de Lettonie, connaît enfin la réussite avec son jeu de contre au dépens de Sophie Aflalo.

NATIONAL

Après sa défaite de la veille, Tigran Gharamian surprend Andreï Istratescu dans une Caro-Kann d’avance avec c5. Dans une structure démolie, son troc de l’avantage d’un pion contre l’activité de sa paire de Fous est un modèle du genre. Spectaculaire empoignade entre les deux benjamins du National qui sacrifient tour à tour du matériel ! Mais comme souvent dans ces cas-là cela se termine par le partage du point.

L’ouverture de Christian Bauer donne l’impression d’un fiasco total car Shchekachev va installer un Cavalier en e4 et verrouiller la position. Alors le champion de France 1996 donne le pion e4 pour ouvrir le Fg7 et la colonne « e ». C’est le début des complications dans lesquelles les Blancs finiront par se perdre. Une sous-variante de l’Italienne dans la partie Degraeve-Gozzoli, en apparence très compliquée, mais la partie s’achève au 26ème coup par une répétition… comme dans Shomoev-Khairullin Ch. de Russie 2014.

Préparation de haut-niveau de Romain Edouard avec les Noirs contre la Tarrasch de la Française de Mazé, qui force les Blancs, menacés d’infériorité, à saisir l’échec perpétuel. C’est exactement le même final couleurs inversées dans Bacrot-Cornette (voir diagramme du jour) ; le septuple champion de France semblant peiner à trouver ses marques dans sa Picardie natale.

RONDE 2

NATIONAL : Jean-Marc Degraeve !!

C’est le résultat du jour. Romain Edouard était la bête noire du Nordiste (3-0) et bien parti pour aggraver le score après un brillant sacrifice de qualité. Il se trompe cependant lourdement juste avant le 40ème, manquant une défense qui laisse Degraeve (invité du DiagonaleTV du jour) avec une Tour de plus et en tête avec 2/2 !

Entre Gozzoli et Bacrot, anciens coéquipiers marseillais, la position à l’issue de l’ouverture semble se diriger directement vers une nulle mais les Blancs trouvent f4-f5 et ce n’est qu’après l’échange des pièces lourdes et un peu d’action que l’on voit le résultat se dessiner. Début peu ambitieux pour Maxime Lagarde avec les Blancs et le capitaine de l’équipe de France met la pression, prend l’avantage mais manque un perpétuel à la fin.

On a l’impression que Gharamian avait égalisé facilement contre Bauer mais ce dernier trouve la ressource 25.a5!? qui aboutit à la création d’un pion passé en b7, après quoi la position noire s’écroule. Matthieu Cornette sacrifie un pion, visiblement dans une préparation contre la Paulsen de Shchekachev, le regagne avec avantage mais son adversaire défend opiniâtrement et annule. Enfin c’est l’arroseur arrosé dans Istratescu-Moussard, voir la partie commentée du jour !

NATIONAL FÉMININ

Une bonne préparation, une bonne gestion des complications et une belle combinaison finale (voir diagrammes du jour) ouvrent le compteur de victoires de la double championne de France en titre au dépens de Natacha Benmesbah. Christine Flear, opposée à Almira Skripchenko, place mal son Fou de cases blanches et soudain l’idée « de débutant » Fc2-Dd3 devient étonnamment difficile à parer…

Encore un placement de pièces atypique de Maria Leconte avec les Noirs contre Sophie Milliet, et encore une attaque apparemment sortie de nulle part. Hélas pour elle la joueuse du THP ne voit pas la conclusion de l’attaque (voir diagrammes du jour) et prend le perpétuel. Mais quelle mouche a donc piqué Andreea Navrotescu pour aller chercher cette qualité qui la laisse ligotée quelques coups plus tard avec des trous béants sur cases blanches ?

Soubirou-Safranska est une longue partie fermée où les Noirs essaient diverses manoeuvres, sans tromper la vigilance de leur adversaire moins bien classée. Choisy choisit la grande variante pour affronter la Kan de Collas. Cette dernière sacrifie un pion pour laisser les Blancs avec un mauvais Fou mais reste finalement avec un Cavalier mal placé en h7. Après le passage du Roi noir à l’aile-Dame la finale est supérieure pour Choisy qui va percer sur l’autre aile mais le zeitnot l’empêche d’en profiter pleinement.

RONDE 1

NATIONAL : une première ronde d’observation

Observation à l’image de la partie Shchekachev – Bacrot qui s’est achevée par une nulle en moins de 20 coups avec encore toutes les pièces sur l’échiquier. Pas grand-chose non plus dans la partie Edouard-Gozzoli alors que dans cette sicilienne inversée avec un temps d’avance on aurait pu penser que les Blancs pouvaient obtenir davantage.

Un début rare dans Moussard-Bauer avec un moment intéressant, le sacrifice de pion du Lorrain au 15ème coup (voir diagramme du jour). Les Noirs semblent avoir facilement égalisé dans la partie Degraeve-Lagarde, quand ce dernier sacrifie étrangement un pion pour de l’activité, pion qu’il ne reverra jamais. Dans sa Kalashnikov fétiche, Matthieu Cornette sacrifie lui aussi temporairement un pion, mais pour tout échanger et annuler avec les Noirs contre Gharamian.

La partie la plus intéressante de la journée est sans conteste Mazé-Istratescu. Dans cette Caro-Kann d’avance, les Blancs prennent un avantage d’espace contre la paire de Fous. Les Blancs obtiennent un Cavalier bloqueur en d4 mais les Noirs contrôlent très bien les cases blanches. Avec 26.e6! Mazé sacrifie un pion pour ligoter les pièces adverses et enchaîne avec le triplement des pièces lourdes d’Alekhine (Te3 T1e2 De1). Les Blancs ne sont pas des plus précis dans le zeitnot mais les Noirs se trompent finalement avec 38…Df4, perdant le contrôle de la 8ème rangée et coupant leur Dame de la défense, ne pouvant dès lors plus stopper les menaces blanches.

Scénario inverse dans le NATIONAL FÉMININ

Silvia Collas joue un sacrifice de pion central intéressant avec 14…d5 mais ne trouve pas la meilleure suite et reste avec un pion net de moins. La tentative 19…Fxh3?! ne fera qu’aggraver la situation en faveur de Natacha Benmesbah, précise jusqu’au bout (et invitée du DiagonaleTV du jour). Mathilde Choisy se trompe avec le fautif 18…e6? qui se heurte à 19.e5 prenant le contrôle des cases noires, qui seront rapidement exploitées par le Cavalier blanc d’Almira Skripchenko.

Ce sont les Grandes Manœuvres dans Safranska-Maisuradze. Mais le mauvais plan noir d’ouvrir l’aile-Dame n’aboutira qu’à la perte sèche d’un pion, que la septuple championne de Lettonie ne parviendra cependant pas à convertir. La championne de France juniore en titre Andreea Navrotescu négocie bien son ouverture contre son homologue de 2010. Les Blancs prennent un net avantage mais paniquent un peu zeitnot, manquant la ressource h5-g5-Fh3+! . Les Noirs laissent cependant échapper l’occasion au 40ème coup et s’inclinent ensuite rapidement.

Belle attaque de Maria Leconte contre Sophie Aflalo, dans son style caractéristique. Enfin la partie la plus instructive de cette ronde est la victoire de Sophie Milliet contre Christine Flear (voir partie du jour).

Commentaires GMI Eric Prié, rédaction Sylvain Ravot

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